identite

Un rideau de fumée s’étend sur tout ce qui est mélanésien en Nouvelle-Calédonie et aux Îles Loyalty, du fait que, depuis le début du contact européen, tout ce qui paraissait visible a été interprété dans des termes occidentaux, et continue à l’être. Les blancs ont accumulé euxmêmes toutes les données imaginaires d’une vision parfaitement myope de la réalité sociale canaque.

Même les auteurs les plus récents, littéraires aussi bien que pseudo scientifiques, continuent à nous brosser le tableau d’une société de violences, de massacres et de cannibalisme sous-jacents, ainsi que de personnalités troubles dont un vernis d’occidentalisation cacherait l’attachement fondamental à des valeurs de brutalité et de croyances irraisonnées. Ainsi, même dans le roman calédonien moderne, le Canaque est-il conservé comme l‘empêcheur de tourner en rond.

Le résumé toujours et partout aussi faux, de sociétés vivant dans la peur du chef, du sorcier et de tous ses voisins, est un travesti qui a fait florès dans tous les empires coloniaux, quel que fut le colonisateur, aboutissant au ridicule d’une politique de répression judiciaire contre des sorciers qui n’existaient pas : on ne trouve que des accusations destinées à se débarrasser d’un adversaire en utilisant pour ce faire la police et la justice blanches mobilisées contre un fantôme.

Une des réalités les plus difficiles à faire accepter est que les sociétés canaques s’organisent autant dans l’espace, et horizontalement, que construisant les systèmes hiérarchiques que les Européens aiment tant rencontrer, parce qu’ils leur simplifient la vie. On nomme de faux chefs que l’on corrompt aisément et l’on qualifie toute résistance comme une atteinte à la soi-disant «coutume».

La société autochtone n’a ainsi guère eu de raisons de montrer en plein jour comment elle fonctionnait autrement, laissant aux circonstances le soin de fournir éventuellement les moyens d’un décryptage. On trouvera ici les premiers éléments permettant de lever partiellement le voile.

On ne les a pas considérés, au cours des deux siècles passés, parce qu’ils ne venaient pas confirmer nos a priori. Mais ils étaient là, attendant d’être mis en pleine lumière. Ils dessinent une société globale solidaire à des niveaux à ce jour inconnus. Ils expliquent une bonne part des phénomènes historiques connus par ailleurs, dessinant, avec le jeu constant des solidarités crées par les alliances matrimoniales, et celui de la parenté classificatoire, toujours oubliée dans le jeu de ses conséquences quotidiennes, le cheminement constant des réseaux liant les îles à la Grande Terre.
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