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Jean Guiart n’a cessé, de près ou de loin, de collaborer avec Claude Lévi-Strauss, et d’observer le déroulement de la carrière de ce dernier, qui l’avait fait élire dans son premier poste académique à l’EPHE.
Il est bien placé pour tenter une approche critique de l’œuvre, et de l’action, de ce dernier, qu’il n’a cessé d’admirer tout en n’étant pas d’accord sur tout. Bien placé aussi pour analyser cette carrière hors du commun et de tenter de voir ce qu’il en restera et ce qui risque d’être, le plus souvent malheureusement, perdu. Il met en évidence les véritables et novatrices leçons de méthode apportées par Claude Lévi-Strauss et plaide pour qu’elle ne soient pas oubliées, alors que les écrits publiés à l’occasion de son centenaire et de sa mort, ont eu déjà tendance à les passer sous silence, par simple ignorance de la réalité de l’apport lévi-straussien. On a beaucoup simplifié, sinon même inventé.
A cette intention, l’auteur met en parallèle systématiquement son expérience du terrain insulaire et les données accumulées sur l’Océanie à ce qu’offre Claude Lévi-Strauss pour les deux Amériques, faisant référence à des méthodes de terrain affinées par expérience dans des sociétés assez différentes, mais de poids démographiques équivalents, constituées cette fois de paysans anciennement installés de l’igname, du taro ou de la patate douce, accessoirement chasseurs et cueilleurs, dans une durée de trente à quarante millénaires, plus de soixante en Australie. Des exemples de traitement d’un mythe mélanésien particulièrement pregnant de sens sont apportés pour nourrir cette comparaison.
Cet ouvrage met en parallèle le halo d’imprécisions plutôt que de mystère dont s’est toujours entouré Lévi-Strauss, dont on ne sait presque rien de l’enfance, de l’adolescence, ni des générations qui ont précédé ses parents. On le
retrouve à la tête d’expéditions lourdes, en moyens de l’époque, au centre Brésil, cherchant des groupes qui se dérobaient et dont le contact évanescent ne lui a jamais permis le recueil des informations riches qu’il a dû chercher plus tard chez les pères salésiens et chez l’allemand Nimuendajù. Le récit talentueux de ses aventures ne met pas en évidence l’inégalité de poids des résultats obtenus selon le lieu, les Indiens les plus faciles à contacter s’étant révélés culturellement les plus riches, contrairement à ce qu’il attendait de l’Amazonie.

Une évasion relativement facile de France lui apporte une vie quasi monastique pour le restant de la guerre à New York, un repli sur lui-même, un refus intellectuel de tenir compte des événements dont il efface l’existence dans ses écrits. Une thèse monumentale, mais discutée, assure sa renommée internationale, prolongée par une intervention d’une grande originalité et d’une pensée aiguisée par une connaissance presque encyclopédique du sujet, traitant du mythe et apportant une méthodologie rigoureuse attendue depuis longtemps. Cependant ce succès cache des échecs ou semi échecs successifs peu apparents, que son ouvrage La voie des masques viendra en fin de compte conclure sur une note approchant la perfection.
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© Jean Guiart 2011-2016