nuits

Pourquoi parler de la nuit, et pas du jour ? C'est la seule chose qui relève d'une succession régulière dans le temps, le seul facteur de notre environnement à qui nous puissions faire confiance. Si le jour n'existait pas, nous n'aurions que la nuit, difficile à vivre. Et si la nuit ne se présentait pas, introduite avant et après par ses couchers de soleil et ses aurores, nous n'aurions pas la série de couleurs complètes à admirer. Nous serions bien pauvres sans l'un ou sans l'autre.

La nuit et le jour ne sont par ailleurs que le champ de l'Histoire. Les événements s'y déroulent par contre sans régularité. Nous devons nous y adapter et la nuit nous apporte habituellement, pas toujours, un répit bien nécessaire, devant les cadeaux empoisonnés que le jour nous réserve si souvent.

La nuit nous apporte normalement le sommeil. Un moment réparateur essentiel, mais qui n'est pas que cela. Notre existence passée nous y attend par fragments, de même que celle que nous aurions voulu vivre. Des images éphémères, mais si souvent d'une précision éblouissante. Le dessin en est minutieux et les couleurs d'une perfection inattendue. Les éléphants de guerre d'Hannibal nous donnent l'impression qu'ils sont là, prêts à nous écraser. Nous évacuons par ce moyen les scories accumulées au cours des jours.

En ces moments, nous sommes nos propres juges, et nous sanctionnons nos propres actions. Ce qui fait que tant d'événements détestables sont confiés à la nuit. Le jour des voleurs à la tire, la nuit des assassins, surtout des grands criminels politiques. Leurs armées avancent la nuit hors de notre contrôle. Le dernier siècle en a fournis des illustrations que nous aimerions oublier.
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© Jean Guiart 2011-2016