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Une sorte de tradition existe, qui voudrait que l’on puisse raconter n’importe quoi dès qu’il s’agit d’art. A l’intérieur de notre propre culture fran
aise, c’est un tout petit peu moins gnant. Mais dès lors qu’il s’agit d’une culture exotique, cela ressemble à une trahison, l’exotisme pour nous commenant traditionnellement de l’autre cté de la Manche et vice versa.
On n’imaginerait pourtant pas de publier des élucubrations portant sur la peinture anglaise sans savoir l’anglais et sans conna
tre le dossier. Par contre pour le Pacifique Sud, les auteurs formés en histoire de l’art ne disposent pas de la moindre méthode convenable et surtout, ils n’imaginent pas de rechercher dans la tradition orale vernaculaire les moyens d’analyser intelligemment et efficacement les objets de leur intért.
Le résultat est que leurs information proviennent exclusivement de sources européennes, entièrement divorcées de la tradition orale vernaculaire et par conséquent, totalement ignorantes du contexte au départ et précises exclusivement quant à l’histoire de la pièce une fois entre des mains européennes.
Ce qui ne nous apprend strictement rien quant à la signification de l’œuvre et lui colle à tous les coups le fruit de toutes les inventions blanches qui tranent par là. Inventions toujours fausses quand elles ne sont pas tout simplement malveillantes.
L’auteur de cet ouvrage, formé dans l’immédiat après guerre au musée de l’Homme sous la tutelle bienveillante de Maurice Leenhardt, fondateur de la chaire de Langues Océaniennes à l’INLOV, et apprenti sous la ma
trise étonnamment ouverte et intellectuellement quasi géniale du linguiste structuraliste André Haudricourt, a été très tt persuadé que les seuls concepts valables appliqués à l’art océanien étaient des concepts vernaculaires et que le vocabulaire occidental habituel n’avait rien à voir là dedans.
Cet essai correspond ainsi à des années de recherche dans cette direction.
Il tend à montrer que l’auteur mélanésien Bwesou Eurijisi, découvert par Maurice Leenhardt, nous apporte bien plus que qui que ce soit et surtout plus que mme les auteurs franais récents, en ce qui concerne la compréhension de l’art canaque de Nouvelle Calédonie. Ces derniers n’ont mme pas imaginé de chercher de ce cté-là, alors qu’était présent un compendium en langue de Houalou, et que nous disposions de tous les moyens d’une critique intellectuellement honnte des sources, là aussi nécessaire, tout comme ailleurs. Maurice Leenhardt en avait construit les prolégomènes. Non, ce qu’on voulait, c’était détruire le vieux missionnaire, qui en savait pourtant bien plus que ses critiques infantiles. Le résultat, des publications parfois luxueuses, en grande partie le fruit de l’ignorance, et qui représentent une manœuvre en retraite bien plus qu’une avancée intellectuelle. Une trahison partielle de l’art que l’on prétend servir.
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