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Tahiti n’a plus qu’un quotidien, comme Nouméa.Il est temps de relever un drapeau culturel, m
ême modeste, de manière à pouvoir offrir une autre issue, où chacun pourra s’exprimer sur ce sur quoi il détient quelque compétence échappant aux discours constants et répétitifs dont on nous abreuve, autant à Paris qu’à Pape’ete ou Nouméa.
L’histoire de nos pays n’est pas connue dans un détail pertinent. On raconte souvent n’importe quoi, et on en trouve autant dans des littératures plus anciennes portant sur l’Océanie et qui décrivent des pays et des peuples parfaitement imaginaires, et cela depuis près de trois siècles. Ce que les gens arrivent à croire est ébouriffant. Un auteur calédonien récent a voulu entremêler son discours d’échos du Vanuatu. Tout est imaginaire et rien n’est exact. Et c’est un brave homme et un bon écrivain qui ne s’est pas rendu compte du tapis volant sur lequel il avait mis les pieds.

Il en est de m
ême à Tahiti où tout un chacun décrit une société et une culture polynésiennes qui n’ont jamais existé sous la forme décrite. Elles ont été autres, bien plus intéressantes, bien plus poétiques et pas du tout sanglantes. Les chasseurs d’homme pour fournir les sa-crifices humains au culte d’Oro sont imaginaires. Si les Mangareviens s’étaient entre-massacrés avec l’ardeur que leur attribue le père Laval, M. Flosse n’aurait pu naître là-bas parce qu’il n’y aurait plus eu de mangaréviens depuis longtemps.

Le livre de Teuira Henry, soi disant la Bible tahitienne, est pour une trop grande part un compendium d’informations inexactes, de simplifications romantisées, de textes mal traduits, ou m
ême de textes intraduisibles parce qu’ils ne signifient rien. Du coupé collé par des popa’a ignorants. Les conditions de son écriture n’ont jamais été vraiment éclaircies. Une analyse critique sérieuse permettrait de circonscrire les différents apports et de définir enfin ce qui peut être conservé.

Malgré tout, depuis 1945, on a appris un certain nombre de choses que l’on ignorait.
Il reste à tout ramasser et à en faire pas à pas une synthèse critique, prudemment. Il se trouve que l’Océanie est une et que l’on peut apprendre d’un archipel à un autre. L’explication de certains faits polynésiens se trouve non seulement chez les Maori, mais en Mélanésie, ou inversement, ou en Micronésie dont personne ne parle jamais et par où sont parvenus des éléments culturels japonais ou sibériens, ceux qui sont passés aussi en Amérique. On espère parler tranquillement de tout cela, en plus de se raccrocher au donné culturel euro-asiatique, dont nous sommes si souvent par trop ignorants. Tous les écrivains voyageurs ne sont pas des menteurs et certains auteurs ignorés constituent une mine d’informations peu utilisées.
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