numea

Les premières années de l’histoire moderne d’un pays dessinent une part de son histoire à venir. Elles déterminent les problèmes qui devront être surmontés. Surmontés à condtion du moins qu’on ne se cache pas la tête dans le sable pour éviter d’avoir à s’y mettre avec détermination.

Il est constant que dans les pays soumis, les conquérants ne cherchent à détruire la mémoire des années de la conquêt; jusqu’à ce que ce passé, un jour, ne leur saute à la gorge. Cette mémoire est impossible à effacer. Même la terreur pratiquée par Genghis Khan, ou Tamerlan, et leurs successeurs, dont les pratiques ont peut-être été exagérées en ce qu’elles étaient dans l’air du temps, n’y sont pas parvenues. La terreur que répandaient les Tartares de la Horde d’Or en Europe orientale n’a pas empêché les Russes de s’en venger cruellement. Les vagues successives et inversées de conquête et de reflux dans les Balkans viennent de nous montrer que la mémoire des peuples ne pratique guère le pardon des offenses.

Les situations post-coloniales sont de la même sorte. Les anciens maîtres veulent bien se «réconcilier» avec leurs anciens sujets, sans jamais vouloir reconnaître l’existence d’un passé trouble. Ils craignent par dessus tout que remuer le passé ne se fasse à leur détriment. C’est là une erreur fondamentale. Les confesseurs du passé, les psy du présent, savent et disent que raconter ce qui a été subi aussi bien que ce qu’on a fait subir est la clé de la sortie de crise.

Il n’y aura pas de vie commmune possible entre blancs et noirs en Nouvelle-Calédonie tant que le passé colonial ne sera pas reconnu pour ce qu’il a été, et ne sera pas enseigné de façon dépassionnée. Nos voisins néo-zélandais l’ont entrepris il y a déjà plusieurs décennies et s’en sont trouvé bien. La mémoire collective des souffrances passées doit pouvoir s’exprimer ouvertement. Elle fait partie de notre héritage.
guiart bibliographie telecharger editions anthropology contact
jeanguiart
© Jean Guiart 2011-2016